La circulaire du 12 janvier: du texte à la pratique

Diplômés non grata

GRAND ANGLE : Malgré de solides études et des promesses d’embauche, les étudiants étrangers se heurtent à la circulaire du printemps dernier qui durcit l’attribution du statut de salarié. Autour du Collectif du 31 mai, la riposte s’organise.

Son entreprise l’a prévenu : il sera licencié dans quelques jours. Tarik El-Hajjar, jeune Marocain de 25 ans, collait pourtant parfaitement au poste. Bardé de diplômes (double master obtenu en France), sourire hollywoodien, tee-shirt turquoise, regard franc. Il a décroché sans mal un poste de consultant junior chez Capgemini, une boîte de conseil. Promesse d’embauche signée avant la fin de ses études, c’est dire.

Mais depuis cinq mois, son avenir en France est en suspens. Il attend une réponse de la préfecture d’Amiens (Somme) à sa demande de changement de statut pour passer du visa d’étudiant à celui de salarié. Dans quelques jours, son titre de séjour arrive à expiration, il ne pourra plus travailler. «J’étais bien parti. J’ai réussi mes études, j’ai de l’ambition. Si j’en suis là, c’est grâce à la France. J’avais juste envie de rendre un peu de ce qu’on m’a donné en travaillant quelque temps ici, en payant des impôts. Ça n’allait pas plus loin. Nous dire non maintenant, c’est difficile à comprendre.»…

http://www.liberation.fr/societe/01012392570-diplomes-non-grata

http://www.liberation.fr/societe/11011866-apres-le-plombier-polonais-l-ingenieur-marocain#s9

Par MARIE PIQUEMAL   (Photo Vincent Nguyen. RivaPress)- Liberation

Le Collectif du 31 mai ne désarme pas

Manifestation à Paris le 12/02/12 (copyright Whisperpress)

De nombreux étudiants étrangers étaient réunis hier soir lundi pour assister à une conférence du collectif. Un peu plus d’un mois après la mise en application de la nouvelle circulaire du 12 janvier, le constat reste le même, les conditions ne s’améliorent toujours pas pour les étudiants étrangers.

  « L’objectif est toujours le même, réduire l’immigration légale », lance au micro un membre du collectif du 31 mai. Dans l’amphithéâtre d’Arts et métiers Paris Tech situé dans le XIIIe arrondissement parisien, une centaine d’étudiants étrangers ont fait le déplacement.

Smaïn, jeune Marocain qui arrive à la fin de son cursus nous fait part de ses inquiétudes : « La nouvelle circulaire est arrivée, mais rien n’a changé pour nous. Cela fait huit mois que j’attends une autorisation de changement de statut. J’ai beau me déplacer tous les jours, ça ne change rien. Je ne sais pas si je vais pouvoir rester en France pour travailler ».

La nouvelle circulaire du 12 janvier qui devait revenir sur celle du 31 mai, ne sert finalement « qu’à la compléter », estime le collectif…

Jonathan Ardines

http://www.lecourrierdelatlas.com/208928022012France-Le-collectif-du-31-mai-ne-desarme-pas.html

Tribune Libération par le Collectif du 31 mai : que le gouvernement applique la loi !

Claude Guéant aura marqué l’année 2011 d’une pierre noire. Il s’attelle avec un soin méticuleux à un défi que personne encore n’avait envisagé de relever : renvoyer chez eux, manu militari si besoin, les étudiants étrangers fraîchement diplômés et embauchés en France.

Ces derniers ont découvert qu’une circulaire datée du 31 mai 2011 allait considérablement leur compliquer l’accès au marché du travail et les forcer à reconsidérer leur projet professionnel. Autre victime de cette circulaire : le monde universitaire qui bataille depuis des années pour attirer les étudiants les plus brillants. Enfin, il faut croire que les concepteurs de cette politique n’avaient pas imaginé que les entreprises pouvaient aussi avoir besoin de ces compétences et de ces qualifications, introuvables sur le marché du travail français. Aujourd’hui, le gouvernement invoque pour sa décharge les excuses du «malentendu» et de «l’excès de zèle». A en croire les dires de Guéant, la nouvelle circulaire du 12 janvier devrait apaiser les esprits et rétablir la situation.

Nous, diplômés étrangers et membres du Collectif du 31 mai, savons que, s’il rappelle quelques points législatifs qui ont été occultés par la précédente circulaire, le nouveau texte ne change rien dans la pratique. Nous patientons toujours pour recevoir une décision qui était habituellement formée et communiquée en quelques semaines. Nous devons, une fois encore, quitter nos emplois, car notre titre de séjour arrive à expiration. Nous sommes toujours sujets à des refus d’autorisations de travail arbitraires fondés sur des motifs injustifiés. Nous nous retrouvons toujours sans papiers alors même que nous venons d’être embauchés. 

La législation actuelle prévoit que si un étranger détient un master et une promesse d’embauche, il est autorisé à exercer une activité professionnelle. L’entreprise doit justifier de recherches préalables sur le marché du travail mais sans nécessairement y apposer le cachet de Pôle Emploi. Avec cette nouvelle circulaire, la loi n’est plus respectée.

De concert avec l’ensemble des femmes et hommes politiques, universitaires, chefs d’entreprises et personnalités des arts et de la culture qui nous soutiennent, nous souhaitons que la situation des diplômés étrangers s’améliore. Nous souhaitons que le traitement des dossiers ne dépasse pas les deux mois et que les demandeurs de changement de statut puissent travailler pendant cette procédure, afin de ne pas pénaliser leurs employeurs. 

Les entreprises se détournent déjà des diplômés étrangers et ont instauré, malgré elles, le jeu de la préférence nationale. Avec ce texte, aucun signal positif n’aura été envoyé aux étudiants du monde qui envisagent de poursuivre leurs études en France.

Nous demandons ainsi solennellement au gouvernement, et notamment à ceux de ses membres qui ont pris acte de la situation des diplômés étrangers, de choisir sa voie : faire appliquer la loi, ou la modifier.

Le Collectif du 31 mai

www.liberation.fr/societe/01012392353-etudiants-etrangers-que-le-gouvernement-applique-la-loi

Lettre ouverte à Claude Guéant

Monsieur le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration,

Diplômés étrangers visés par la circulaire du 31 mai promulguée par vos soins auprès des préfets de France, nous avons suivi avec grande attention l’effet de la circulaire «rectificative» du 12 janvier sur le sort des jeunes diplômés étrangers. Depuis sa publication, vous maintenez sans équivoque votre position, et défendez fermement ses principes directeurs, après avoir admis les «malentendus» nés de la première circulaire.

Depuis un mois, nous attendons de votre part des réponses concrètes à nos inquiétudes et à la confusion suscitées par cette nouvelle circulaire. Il n’en a rien été. Vous affirmiez que «les malentendus étaient désormais levés»; veuillez bien croire que du point de vue des principaux concernés, ceux-ci persistent et s’amplifient.

Vous présentez en effet le dispositif de l’autorisation provisoire de séjour, permettant depuis 2006 aux jeunes diplômés étrangers de rechercher un emploi à l’issue de leurs études, comme la «solution-miracle» aux problèmes de ces diplômés, dénoncés aussi bien par les étudiants que par les sphères universitaire, entrepreneuriale, politique et syndicale. Nous persistons à croire, monsieur le ministre, que ce dispositif, qui, au demeurant, ne constitue pas une innovation, ne favorise ni les diplômés, ni les entreprises qui les recrutent.

Compliquée par des contraintes de délais excessivement strictes, conditionnée par un engagement de retour au pays d’origine après la «première expérience professionnelle», dont la durée, la nature et l’intérêt restent à l’appréciation des préfectures, cette procédure laisse une fois de plus place à l’arbitraire. Dans ces conditions, est-il concevable que la réhabilitation de cette disposition, plaçant les jeunes diplômés sur siège éjectable, satisfasse les entreprises qui souhaitent les recruter?

Vous disposez également que la nouvelle circulaire, éclairant la procédure de changement de statut par une série de cas de figure valorisants, devrait apporter une solution aux difficultés des jeunes diplômés étrangers. Dorénavant, les préfectures pourront notamment prendre en compte «la connaissance approfondie d’un pays, d’une civilisation ou d’une culture étrangère». Est-il besoin de préciser qu’ayant étudié et vécu de longues années en France, et y ayant décroché des diplômes français, nous ne souhaitons en aucun cas être enchaînés à notre condition d’étrangers? Nos compétences n’ont pas de nationalité; demandez-le à ces entreprises qui nous embauchent. Elles savent apprécier nos talents, sans discrimination aucune, au même titre que celles de nos camarades de classe.

Enfin, vous promouvez la possibilité d’un réexamen administratif de nos dossiers, et la suspension provisoire des décisions d’éloignement nous touchant. Mais le cas de Nebia, arrêtée sans ménagement à son domicile au matin du 17 janvier, et celui d’Imane, qui a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF) après avoir demandé un réexamen de son dossier suspendant en théorie toute mesure d’éloignement, montre malheureusement trop bien qu’en l’absence d’une volonté politique claire, il ne s’agit là que de vœux pieux. Quelles seront les modalités d’examen des dossiers qui ont connu une issue défavorable après le 1er juin 2011? C’est d’une solution collective et de critères clairs et transparents que nous avons besoin, afin de couper court aux pratiques abusives, et de constater enfin que le droit est constant et égal en France.

Dans cette perspective, le «Collectif du 31 mai» maintient sa vigilance sur le terrain: plus que jamais, nous veillerons à ce que les préfectures appliquent la même loi pour tous, dans le respect des droits de chacun. Si cette nouvelle circulaire dénote une réelle volonté de normalisation de la situation, nous saurons le constater et nous en faire l’écho. Si non, nous continuerons à alerter les personnes et les organisations qui se sont mobilisées contre ce qui s’est apparenté jusqu’à présent à une vaine politique du chiffre.

Monsieur le ministre, nous persistons à croire que la circulaire du 31 mai est une erreur, qui a causé des torts incommensurables; ces torts ne seront pas redressés par des demi-mesures. Ce sont désormais des dizaines de pays amis de la France qui s’interrogent, des centaines d’entreprises qui ferment des postes fautes de pouvoir les occuper, des milliers d’étudiants étrangers qui se détournent de la France en privilégiant des contrées plus accueillantes et des milliers de citoyens Français qui s’inquiètent pour l’image de leur pays.

Parce que le temps presse plus que jamais, et que nous estimons que la circulaire du 12 janvier n’améliore en rien la situation des diplômés étrangers, nous revendiquons l’abrogation pure et simple de la circulaire du 31 mai. Autrement, comment croire à votre bonne volonté dès lors que cette circulaire, qui appelle les préfectures à examiner «avec la plus grande rigueur» nos demandes d’autorisation de travail, reste en vigueur?

Le 31 mai ne doit pas être le tombeau de votre politique d’accueil, mais le symbole d’un nouveau départ et d’une confiance renouvelée. Au-delà des enjeux qui nous concernent directement, il y a un autre enjeu qui nous dépasse largement, afférent à la façon dont notre société, en ces temps de troubles et d’incertitudes, se conçoit dans l’altérité. Un enjeu de Civilisation. 

Monsieur le ministre, soyez assuré qu’au nom de l’ensemble des diplômés étrangers de France, nous ne baissons pas la garde.

Le Collectif du 31 mai

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/240212/les-etudiants-etrangers-interpellent-claude-gue